Il existe une plante vivace qui commence à fleurir en juin, ne s'arrête qu'aux premières gelées, et dont chaque tige coupée tient deux bonnes semaines dans un vase. C'est l'alstromère, le fameux « lys des Incas ». Peu de fleurs de jardin offrent un tel rapport spectacle/effort. À une condition : la comprendre un peu, car elle a ses habitudes — et deux ou trois limites franches qu'il vaut mieux connaître avant de planter.
En bref. Vivace rhizomateuse à floraison très longue (juin → gelées), excellente fleur à couper (10 à 14 jours en vase), s'installe en massif ou en grand pot. Rusticité correcte selon les variétés (de -5 à -10 °C), avec un simple paillage l'hiver dans la plupart des régions. Un défaut à ne pas ignorer : elle peut devenir traçante et il faut lui donner le temps de démarrer.
L'alstromère (Alstroemeria) nous vient des Andes, d'Amérique du Sud, d'où son surnom de lys des Incas ou lys du Pérou. Malgré ce nom, ce n'est ni un lys ni un bulbe : c'est une vivace rhizomateuse, qui repart chaque printemps de ses racines charnues et tubérisées enfouies dans le sol. C'est justement cette réserve souterraine qui lui donne sa vigueur et sa capacité à fleurir sans relâche.
La fleur, elle, est reconnaissable entre toutes : six pétales dont les deux ou trois supérieurs portent des stries et des mouchetures — souvent brun-pourpre sur fond clair — comme un guide d'atterrissage pour les pollinisateurs. Les tiges dressées, hautes de 40 à 90 cm selon les variétés, portent des bouquets de trois à sept fleurs. Résultat : une seule tige coupée fait déjà un petit bouquet à elle seule.
Côté silhouette, les alstromères modernes se répartissent en deux familles : les variétés hautes de massif (jusqu'à 80-90 cm, idéales pour le fond de plate-bande et la fleur coupée) et les variétés naines et compactes, parfaites en bordure ou en pot. Toutes partagent le même feuillage étroit, légèrement vrillé, d'un vert franc.
Un détail botanique amusant, et parfois déroutant : les feuilles de l'alstromère sont resupinées, c'est-à-dire qu'elles se retournent sur leur pétiole en poussant, si bien que leur face inférieure se retrouve en position supérieure. Rien à faire pour vous, mais cela explique cet aspect un peu « tordu » du feuillage, tout à fait normal. Côté rusticité de gamme, les hybrides horticoles actuels sont issus d'un long travail de sélection : on a gagné en résistance au froid et surtout en durée de floraison par rapport aux espèces botaniques d'origine, plus courtes et plus fragiles.
À retenir : l'alstromère n'est pas une plante « qu'on plante et qu'on oublie » comme un arbuste. C'est une vivace de vivant, qui se réveille, s'étale, se coupe et se divise. Un peu de compagnonnage la première année, et elle vous le rend au centuple ensuite.
La gamme moderne couvre presque tout le nuancier chaud du jardin : du blanc crème au rouge cerise, en passant par le saumon, l'abricot, le fuchsia et le pourpre. Voici les variétés que nous cultivons, avec leur rusticité indicative. Plus le chiffre est bas (négatif), plus la plante encaisse le froid.
Une valeur sûre à floraison abondante, tons chauds lumineux. Excellente tenue en tige coupée.
Coloris intenses et flamboyants, très solaire. Idéale pour un massif « chaud » ou un gros bouquet.
Rouge cerise franc, une des plus rustiques de la gamme. Parfaite pour dynamiser une plate-bande.
Pourpre profond, plus rare au jardin. Un peu moins rustique, à pailler généreusement.
Saumon tendre, l'une des teintes les plus recherchées pour les compositions douces.
Feuillage sombre et fleurs cuivrées, très graphique. La moins rustique : à protéger sérieusement l'hiver.
Compacte et florifère, adaptée aux pots comme aux bordures. Belle rusticité.
Port net et régulier, coloris raffinés. Un bon choix « moderne » pour massif structuré.
Le réflexe couleur : pour un massif qui « tient » visuellement tout l'été, associez deux à trois coloris proches (par exemple 'Salmon' + 'Summer Breeze') plutôt que dix teintes disparates. La floraison étant continue, l'harmonie est plus importante que la variété.
Cliquez sur une teinte : la liste affiche en direct les variétés en stock qui correspondent, avec leur lien de fiche.
C'est ici que l'alstromère prend une longueur d'avance sur presque toutes les vivaces d'été. Là où beaucoup de plantes offrent trois à quatre semaines de spectacle, elle fleurit de juin jusqu'aux premières gelées, soit quatre à cinq mois de couleur ininterrompue quand elle est bien installée et régulièrement récoltée.
Vert foncé = pleine floraison · vert clair = début/fin · vert d'eau = la plante dort, feuillage disparu.
Si l'on ne devait retenir qu'un argument, ce serait celui-ci : coupée au bon stade, une tige d'alstromère tient 10 à 14 jours dans un vase. C'est exceptionnel pour une fleur du jardin — la plupart des fleurs coupées maison fanent en trois à cinq jours. Ce n'est pas un hasard si l'alstromère est l'une des fleurs les plus vendues chez les fleuristes du monde entier.
Quelques gestes suffisent à maximiser cette tenue :
Voici le geste qui change tout, et que peu de jardiniers connaissent. Pour l'entretien courant — quand une tige a fini de fleurir et commence à faner — ne la coupez pas au sécateur. Saisissez-la fermement à la base et tirez d'un coup sec vers le haut pour l'arracher du rhizome.
Pourquoi ? Parce que l'arrachage stimule directement le rhizome, qui répond en émettant de nouvelles pousses florales bien plus vite qu'après une simple coupe. La coupe laisse un chicot qui consomme de l'énergie ; le tirage envoie un signal de renouvellement à la plante. C'est le secret des cultures professionnelles de fleurs coupées, et il est parfaitement transposable au jardin.
Concrètement, le geste se fait à deux mains si besoin : une main stabilise la base de la touffe, l'autre enroule les doigts autour de la tige tout en bas, au ras du sol, puis tire d'un mouvement continu vers le haut — sans à-coup latéral qui casserait la tige à mi-hauteur et laisserait justement le chicot que l'on veut éviter. Vous entendrez un léger « pop » au moment où la tige se libère de son point d'attache : c'est le signe que c'est réussi. Si la tige résiste beaucoup, c'est souvent qu'elle est encore jeune et productive : laissez-la tranquille.
Ce même principe explique aussi pourquoi il ne faut pas tailler une alstromère « au carré » comme on rabat une lavande : elle ne se conduit pas par la taille, mais par le prélèvement régulier des tiges, qu'elles finissent en bouquet ou au compost. Une touffe que l'on récolte souvent est une touffe qui fleurit plus.
Tige tirée d'un coup sec Niveau du sol Rhizome Racines charnues À gauche : on tire la tige entière hors du sol (bon geste). À droite : la coupe laisse un chicot moins vigoureux.
Le bon dosage : tirez uniquement les tiges qui ont réellement fleuri et fané. N'arrachez jamais les jeunes pousses ni le feuillage en bonne santé. Sur une touffe bien installée, ce geste hebdomadaire de cinq minutes suffit à relancer la floraison en continu.
L'alstromère aime les situations ensoleillées à mi-ombragées (une ombre légère l'après-midi dans le Sud lui évite de griller) et surtout un sol bien drainé. Son ennemi n°1 n'est pas le froid mais l'humidité stagnante en hiver, qui fait pourrir les rhizomes. Sur terre lourde et argileuse, allégez le trou de plantation avec du sable grossier et du compost.
Deux fois la largeur de la motte, en ameublissant le fond pour drainer.
Enterrez le collet de 5 à 8 cm : cela protège les rhizomes du gel.
40 à 50 cm entre chaque pied : la touffe va s'étoffer et s'étaler.
Copieux à la plantation, puis régulier la première année sans détremper.
Les variétés compactes comme 'Summer Break'® ou 'Summer Chic'® sont parfaites en pot sur une terrasse ou un balcon. Choisissez un contenant large et profond (au moins 35-40 cm), avec de vrais trous de drainage et une couche de billes d'argile au fond. Un mélange terreau + terre de jardin + un tiers de sable donne le drainage idéal.
En pot, deux points de vigilance : l'arrosage doit être suivi en été (le substrat sèche vite) mais jamais noyé, et l'hivernage demande un peu plus d'attention qu'en pleine terre, car les racines y sont plus exposées au froid. On y revient juste après.
Choisissez votre priorité : la recommandation change selon ce qui compte le plus pour votre jardin.
La rusticité des alstromères modernes est correcte mais pas héroïque : la plupart des variétés que nous proposons encaissent -8 à -10 °C, une seule ('Indian Summer'®) se limitant à -5 °C. Cela couvre une grande partie de la France, à condition de respecter un principe simple : ce qui tue l'alstromère, c'est le froid ET l'eau ensemble, pas le froid seul.
'Summer Breeze' et 'Summer Heat' : rusticité de gamme, paillage hivernal recommandé partout.
Déplacez le curseur jusqu'à la température minimale de votre secteur en hiver : la liste ci-dessous affiche en direct les variétés d'alstromère qui tiennent à ce froid en pleine terre, paillage compris.
La règle d'or de l'hivernage tient en un mot : paillage. À l'automne, une fois le feuillage desséché, coupez les tiges à ras et recouvrez la souche d'une bonne couche (10 à 15 cm) de feuilles mortes, de paille ou de broyat. Ce matelas isole les rhizomes du gel et, tout aussi important, limite les excès d'eau directe sur la souche. Au printemps, écartez progressivement le paillis dès que les nouvelles pousses pointent, pour ne pas les faire filer ni les étouffer.
Un mot sur l'exposition, car elle joue autant que le paillage. Dans les régions à hiver rude, plantez de préférence vos alstromères contre un mur exposé au sud ou à l'ouest, ou en pied de haie protégée des vents froids : ce microclimat peut faire gagner deux à trois degrés en pratique, ce qui suffit souvent à sécuriser une variété limite comme 'Indian Summer'®. À l'inverse, une cuvette où l'air froid stagne et où l'eau s'accumule est le pire emplacement possible, même pour les variétés annoncées à -10 °C.
Paillez épais dès l'automne. Suffisant dans la plupart des régions.
Rentrez le pot ou emmaillotez-le : les racines gèlent plus vite qu'en terre.
Doublez le paillage, ou cultivez la variété en bac déplaçable.
Attention : ne confondez pas « feuillage disparu » et « plante morte ». En hiver, l'alstromère perd totalement son feuillage et laisse un emplacement vide — c'est normal. Marquez la touffe avec une étiquette pour ne pas la bêcher ou replanter par-dessus au printemps.
C'est le revers de la médaille de sa vigueur : bien installée, l'alstromère colonise. Ses rhizomes charnus s'étalent horizontalement et la touffe peut, en quelques années, empiéter sur ses voisines ou apparaître à un mètre du point de départ. Rien d'ingérable, mais autant l'anticiper.
Pour un massif mixte où l'alstromère cohabite avec des vivaces plus timides, la solution la plus simple est de la planter dans une barrière anti-rhizomes : un grand pot sans fond, un vieux seau percé, ou une barrière de rhizomes enterrée verticalement sur 30 cm. Elle canalise l'expansion sans brider la floraison.
Tous les trois à quatre ans, au début du printemps (quand les nouvelles pousses pointent) ou en début d'automne, vous pouvez soulever une touffe à la fourche-bêche et la sectionner en éclats. Chaque éclat porteur de rhizome et de bourgeons redonnera un nouveau pied. C'est le meilleur moyen de rajeunir une touffe qui fleurit moins et d'agrandir gratuitement votre massif.
C'est le comportement le plus courant, et il est normal : la plante consacre son premier été à installer ses rhizomes et son système racinaire avant de fleurir généreusement. Soyez patient, arrosez régulièrement sans excès, et la floraison explose souvent dès le deuxième été.
Pour l'entretien courant des tiges fanées, oui : tirer stimule le rhizome et relance la floraison plus vite qu'une coupe. En revanche, pour faire des bouquets de fleurs fraîches, coupez proprement au sécateur — vous préserverez la fleur.
Elle est traçante mais pas incontrôlable. Dans un grand massif, laissez-la s'étaler, c'est un atout. Près de vivaces fragiles, plantez-la dans une barrière anti-rhizomes. Une division tous les trois ou quatre ans suffit à garder la main.
Oui, avec les variétés compactes et un grand contenant bien drainé. La seule contrainte est l'hivernage : les racines gèlent plus vite en pot, alors rentrez le contenant dans un local frais et hors gel, ou emmaillotez-le, pendant les grosses gelées.
Non. L'alstromère est une vivace à feuillage caduc qui disparaît totalement en hiver et repart de ses rhizomes au printemps. Marquez son emplacement pour ne pas creuser dessus par mégarde.